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Quelle prévention des risques physiques et chimiques pour les sortants de la voie professionnelle ?

Sommaire
9 jeunes sortants de la voie professionnelle sur 10 sont exposés à au moins un risque physique ou chimique sur leur poste de travail, et 6 sur 10 à trois de ces risques ou plus, en 2017.

À l’arrivée sur leur poste de travail, 42 % n’ont pas de formation ou d’information sur la santé et la sécurité, et 36 % n’ont pas d'équipement individuel de protection mis à disposition par leur employeur. Cependant, plus le nombre de risques augmente, plus il y a de prévention et de formation. Pour les jeunes les plus exposés, la prévention et la formation sur les risques encourus sont davantage répandus dans l’industrie, que dans la santé et l’action sociale.

Le plan 2022-2025 pour la prévention des accidents du travail graves et mortels fait de la protection des jeunes et des nouveaux embauchés son premier axe prioritaire. Sont notamment concernés les jeunes sortants de la voie professionnelle (encadré 2), qui représentent 4 sortants de formation initiale sur 10 de la génération 2017 (encadré 1).

Une multi-exposition aux risques physiques et chimiques

Plus jeunes et moins diplômés que la moyenne des jeunes sortants de formation initiale, plus souvent ouvriers ou employés, et davantage présents dans l'industrie et la santé (encadré 2), les sortants de la voie professionnelle sont, trois ans après leur sortie de formation, fréquemment exposés à des risques professionnels. Sur leur poste de travail, ils sont exposés aux risques chimiques et physiques. 36 % sont en contact avec des produits dangereux et 33 % respirent des fumées ou des poussières (graphique 1). 59 % sont concernés par le port de charges lourdes et 64 % par la répétition de la même série de gestes ou d’opérations. 59 % déclarent des risques de blessures et d’accidents. 87 % des sortants de la voie professionnelle encourent au moins un de ces risques, et 58 % trois risques ou plus (tableau 1). L’exposition à au moins trois risques concerne 3 jeunes sortants sur 4 dans l’agriculture, l’industrie et la construction (tableau 1 complémentaire en téléchargement).

Graphique 1 | Risques physiques et chimiques associés au poste de travail des sortants de la voie professionnelle

Une prévention et une formation insuffisantes

En dépit de cette forte exposition, 28 % des sortants de la voie professionnelle n’ont pas d’informations sur les risques physiques ou chimiques durant leurs études (tableau 1). À l’arrivée sur le poste de travail, 42 % n’ont pas de formation ou d’information sur la santé et la sécurité, 37 % pas de tuteur pour les former et 34 % aucune consigne pour préserver leur santé. Par ailleurs, 36% n’ont pas d'équipement individuel de protection mis à disposition par leur employeur. Parmi ceux qui en déclarent un, 8% le jugent insuffisant.

Davantage de prévention et de formation en cas de multi-exposition

Plus les sortants de voie professionnelle sont exposés aux risques physiques et chimiques, plus l’absence d’information durant leurs études est rare (tableau 1) : 44 % des non exposés ne disposent pas d’informations sur les risques encourus, contre 18 % pour ceux exposés à 5 risques ou plus. De même, 49 % des non exposés n’ont pas de formation ou d’information sur la santé et la sécurité à l’arrivée sur le poste de travail, contre 34 % de ceux qui sont exposés à 5 risques ou plus.

L’absence d’équipement individuel de protection fourni par l’employeur diminue fortement avec le nombre de risques d’exposition. La moitié des sortants exposés à 1 ou 2 risques n’en ont pas, contre un sur dix pour ceux exposés à 5 risques ou plus. Néanmoins, parmi ceux qui bénéficient d’une protection, 11 % de ceux exposés à 5 risques et plus la trouvent insuffisante contre seulement 5 % de ceux exposés à 1 ou 2 risques.

Tableau 1 | La prévention et la formation selon le nombre de risques et les secteurs d'activités des sortants de la voie professionnelle

En %

Pour les jeunes les plus exposés, davantage de formation et de prévention dans l’industrie

Les 3 secteurs dans lesquels travaillent le plus fréquemment les jeunes sortants de la voie professionnelle exposés à trois risques ou plus sont le commerce (17 % d’entre eux), l’industrie (17 %) et la santé humaine et l’action sociale (16 %) (tableau 1).

Dans le commerce et la réparation d'automobiles et de motocycles, les risques les plus déclarés par les jeunes, comparativement à l'ensemble des secteurs,  sont le port de charges lourdes et la répétition de la même série de gestes ou d'opérations (tableau 2 complémentaire en téléchargement). Ils déclarent autant d'absence de prévention ou de formation que l'ensemble des sortants de la voie professionnelle exposés à 3 risques ou plus (tableau 1), mais ils signalent davantage l'absence d'équipement individuel de protection (+5 points) et, lorsqu'il y a, ils sont autant à les juger insuffisants (tableau 1). 

Les sortants travaillant dans la santé humaine et de l’action sociale sont, plus souvent que dans l'ensemble des secteurs, concernés par le contact avec des produits dangereux, le port de charges lourdes et les risques de blessures ou d’accidents (tableau 2 complémentaire en téléchargement). Par rapport aux sortants exposés à trois risques ou plus, ils déclarent plus souvent l’absence de formation ou d’information sur la santé et la sécurité à l’arrivée sur le poste de travail (+17 points) et l’absence de tuteur (+9 points) (tableau 1). Ils signalent aussi plus souvent l’absence d’équipement individuel de protection (+9 points) et, quand il y en a, 14% les jugent insuffisants (+5 points).

Dans le secteur de l’industrie, les principaux risques qui s’avèrent plus souvent encourus qu’en moyenne sur l’ensemble des secteurs sont le bruit intense, les fumées ou poussières et le contact avec des produits dangereux (tableau 2 complémentaire en téléchargement). Parmi les sortants exposés à au moins trois risques, ceux travaillant dans l’industrie déclarent moins souvent que la moyenne l’absence de consignes pour préserver la santé (-20 points) et l’absence de formation ou d’information à l’arrivée sur le poste de travail (-14 points) (tableau 1). Ils déclarent également moins l’absence d’équipement individuel de protection (-13 points) et lorsqu’ils en ont, ils les jugent moins fréquemment insuffisants (-3 points).

Depuis 1997, le Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq) pilote un dispositif d'enquêtes sur l'accès à l'emploi des jeunes sortis du système éducatif la même année, quel que soit le niveau ou le domaine de formation atteint, d'où la notion de « Génération ».

La Génération 2017 sur laquelle repose cette étude est la 8e interrogée, constituée des « primo sortants » de formation initiale entre octobre 2016 et octobre 2017. L’enquête portant sur cette génération a eu lieu du 31 août 2020 au 22 mars 2021, soit environ 3 ans après la fin des études.

Un module complémentaire à l’enquête Génération 2017 a été financé par la Dares sur les risques professionnels et la prévention des individus sortis de la voie professionnelle qui, lors de la collecte de l’enquête, occupaient un emploi salarié ou en avaient occupé un moins d’un an auparavant. Cette population permet de regrouper l’ensemble des filières professionnelles avant et après le baccalauréat qui mènent à des métiers fortement exposés aux risques physiques et chimiques. Ainsi, les sortants de la voie professionnelle sont définis dans cette étude comme les jeunes sortis de formation initiale en 2017, dont la dernière année d'étude prépare à l’un des diplômes suivants :

  • CAP, BEP, bac pro, brevet de technicien, brevet professionnel (toutes spécialités),
  • BTS ou DUT (toutes spécialités),
  • Autre diplôme de niveau bac +2 dans une spécialité industrielle ou tertiaire,
  • Diplôme de niveau bac +2 à bac +4 dans une spécialité de la santé ou du social,
  • Licence pro toutes spécialités.

En 2017, cela concerne 389 000 jeunes, dont 290 000 sont en emploi salarié au moment de l’enquête ou en occupaient un moins d’un an auparavant.

Ces sortants de la voie professionnelle sont interrogés sur la prévention et la formation sur les risques physiques et chimiques au cours de leurs études et sur leur poste de travail. Les expositions à ces risques reposent sur les déclarations des jeunes enquêtés : « respirer des fumées ou des poussières », « risquer d’être blessé, accidenté », « être en contact avec des produits dangereux », « être soumis à un bruit intense », « porter ou déplacer des charges lourdes », « subir des secousses, des vibrations » et « répéter sans cesse la même série de gestes ou d’opérations ».

Davantage d’ouvriers et employés parmi les sortants de voie professionnelle qu’au sein de l’ensemble des sortants de formation initiale

Les sortants de la voie professionnelle sont plus jeunes que l’ensemble des sortants de formation initiale et les hommes y sont davantage représentés (Tableau A). Ils sont également moins diplômés et sont plus nombreux à déclarer avoir arrêté leurs études par lassitude ou faute de trouver un employeur pour une formation en alternance (Graphique A). En 2017, lors de leur dernière année de formation, 27 % d’entre eux étaient en apprentissage (versus 13 % des autres sortants) et 4 % étaient en contrat de professionnalisation (versus 6 % des autres sortants). À la date de l’enquête, les sortants de la voie professionnelle sont un peu plus souvent au chômage. Lorsqu’ils sont en emploi, ils sont plus présents dans l’industrie (13 %), la santé humaine et l’action sociale (15 %) et le commerce (17 %) que l’ensemble des sortants. Ils sont également davantage ouvriers (31 % contre 19 % pour l’ensemble des sortants) et employés (39 % contre 33 %).