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La valeur ajoutée des organismes de formation

Des effets différenciés sur l'accès à l'emploi ?

La construction d’indicateurs de valeur ajoutée des organismes de formation vise à rendre compte de l’apport propre de ces organismes sur le taux d’accès à l’emploi des demandeurs d’emploi ayant suivi une formation dans ces établissements.

La formation professionnelle qui vise à maintenir ou à accroitre l’employabilité des personnes en recherche d’emploi, a été largement mobilisée en France au cours des vingt dernières années. Le nombre d’entrées en formation des chômeurs connait un essor important depuis 2016, avec la mise en place du plan « 500 000 formations supplémentaires », suivi par le Plan d’Investissement dans les Compétences (PIC). Lancé en 2018, ce dernier vise à former un million de demandeurs d’emploi peu ou pas qualifiés et un million de jeunes supplémentaires sur les cinq prochaines années.

Si, historiquement, les demandeurs d’emploi accèdent moins souvent à la formation que les actifs occupés1 (Aude et Pommier, 2013), celle-ci demeure un outil privilégié dans la gestion des transitions entre les périodes de chômage et d’emploi. De nombreuses études empiriques2 cherchent à mesurer l’impact de la formation sur le devenir de ses bénéficiaires et mettent en lumière des effets différenciés, notamment selon les publics considérés, le contenu des formations mais aussi la période prise en considération (à l’issue de la formation, 6 mois après etc.).
Si les effets de la formation sur le retour à l’emploi des personnes en recherche d’emploi sont bien documentés dans la littérature, peu d’études s’intéressent en revanche à l’impact de la formation sur le retour à l’emploi des stagiaires en fonction de l’organisme qui les délivrent : suivre une formation auprès de certains prestataires de formation augmente-il les chances de (re-) trouver un emploi ?

La loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel comporte de nombreuses mesures visant à transformer le système de la formation professionnelle et son financement. Parmi elles, figure la création de France compétences, une institution nationale publique quadripartite notamment en charge, depuis le 1er janvier 2019, « d’assurer la veille, l’observation et la transparence des coûts et des règles de prise en charge en matière de formation professionnelle, […] de collecter à cette fin les informations transmises par les prestataires de formation et de publier des indicateurs permettant d’apprécier la valeur ajoutée des actions de formation ».

C’est dans ce cadre que la Dares, en collaboration avec Pôle emploi, a lancé des travaux visant à construire des indicateurs de valeur ajoutée des organismes de formation ainsi qu’une mesure de leur sensibilité aux hypothèses retenues. Ces indicateurs de valeur ajoutée visent à évaluer l’action propre d’un organisme de formation, ce qu’il a « ajouté » au parcours initial des chômeurs qu’il a reçus. En d’autres termes, si un organisme de formation présente un taux d’insertion élevé, est-ce dû au fait qu’il a accueilli des stagiaires ayant de meilleures chances de retrouver un emploi rapidement (récemment au chômage ou recherchant un emploi dans un secteur d’activité en tension par exemple) ? ou bien est-ce dû au fait qu’il a su, tout au long de leur formation, apporter à ses stagiaires les connaissances et les capacités qui leur ont permis de (re) trouver un emploi ?

Plus précisément, l’objectif de cette étude est de proposer une méthodologie qui permette d’estimer cet apport propre des organismes de formation sur le retour à l’emploi des chômeurs ayant suivi une action de formation, en s’inspirant notamment de la méthodologie mobilisée par la Depp pour estimer la valeur ajoutée des établissements scolaires3.

Pour ce faire, il ne suffit pas de comparer les taux de retour à l’emploi des différents organismes de formation : les caractéristiques des publics qu’ils accueillent, les métiers auxquels ils peuvent former par exemple ont un effet sur ce taux qu’il convient de distinguer de l’apport de l’organisme de formation.

L’objectif de cette étude est d’examiner la faisabilité de la construction d’un tel indicateur pour les organismes de formation, de proposer une méthodologie et d’en présenter les limites. Ce travail porte sur les organismes dispensant des formations ayant accueilli suffisamment de stagiaires en recherche d’emploi pour permettre une estimation d’une précision acceptable. Il se concentre uniquement sur les demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi, périmètre pour lequel l’information sur l’éventuel retour en emploi des bénéficiaires de formation professionnelle est disponible. Les personnes en recherche d’emploi non inscrite à Pôle emploi sont donc exclues du champ, alors qu’elles peuvent elles aussi bénéficier d’une ou plusieurs actions de formation durant leur période de chômage.

  • 1. Enquête sur la formation professionnelle des adultes (INSEE, 2012).
  • 2. Brodaty et al. (2001), Cavaco, Fougère, Pouget (2013), Bonnal, Fougère et Sérandon (1997).
  • 3. Evain F., Maugis S. et Touahir M. (2020).