L’accès des salariés à la formation professionnelle continue : où sont les inégalités entre les femmes et les hommes ?

L’accès à la formation professionnelle continue est inégalitaire, plus fréquent pour les plus diplômés, les salariés du secteur public et des entreprises de grande taille. Qu’en est-il des différences entre les femmes et les hommes ? Étonnamment, la dimension sexuée de la formation est peu analysée en France, alors que la formation est un des leviers de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. À partir de l’enquête Formation et qualification professionnelle menée par l’Insee en 2014/2015, la présente étude s’attache à rechercher les caractéristiques des salariés qui sont liées aux différences d’accès à la formation entre les femmes et les hommes. En particulier, deux axes sont examinés : d’une part, les caractéristiques des postes occupés ; d’autre part, la situation familiale, spécifiquement les premiers mois suivant la naissance d’un enfant. Pour identifier et mesurer les inégalités entre femmes et hommes, les effets de composition de la population sont contrôlés par des analyses de type « toutes choses égales par ailleurs ». L’analyse se démarque également de la plupart des approches usuelles sur l’accès à la formation en considérant cet accès sur une période de cinq années, 2010 à 2015.

Sur cette période, les femmes et les hommes salariés en 2010 et 2015 participent à la formation dans des proportions proches au regard de leurs durées de travail respectives (durée inférieure pour les femmes) : 60 % des femmes et 65 % des hommes suivent au moins une formation. À âge et niveau de diplôme identiques, l’écart moyen d’accès à la formation entre femmes et hommes est de l’ordre de 6 points de pourcentage. Il reste proche – 6,8 points – à âge, niveau de diplôme, groupe socioprofessionnel et secteur d’activité identiques, en raison de l’inégale répartition des sexes entre secteurs. En particulier, la plus forte présence des femmes dans l’administration, secteur le plus formateur, participe au rapprochement des taux de formation globaux des femmes et des hommes, compensant pour partie les écarts en défaveur des femmes dans d’autres secteurs. Dans le commerce-transport ou l’industrie, ces écarts sont liés à la proportion relativement plus importante des femmes en contrat court. Lorsque toutes les caractéristiques des postes sont considérées (dont le type de contrat, le caractère sexué du métier, la quotité de temps de travail et la taille de l’entreprise), l’écart entre les taux de formation des femmes et des hommes salariés aux profils identiques est limité – 2 points – et concerne essentiellement les ouvriers. Globalement, la situation familiale joue un rôle mineur par rapport aux caractéristiques des postes occupés dans les différences d’accès à la formation des femmes et des hommes. Ainsi, à situation de couple et nombre d’enfants identiques, en contrôlant la survenue d’une naissance, les ouvrières se forment toujours moins que leurs homologues masculins. À caractéristiques professionnelles et familiales identiques, seule la fonction publique présente des écarts de formation en faveur des femmes.
Un autre facteur de différenciation sexuée est la maternité : dans les premiers mois de l’enfant, les jeunes mères se forment moins, sans que ce retard soit rattrapé par la suite. Les formations alors réalisées ne visent pas des objectifs différents de celles réalisées à d’autres périodes, ce qui interroge sur l’utilisation effective de la formation comme outil d’égalité professionnelle.

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