Comportements d’activité et conditions de travail des salariées autour d’une naissance : quels liens ?

Dans quelle mesure les ressources dont disposent les femmes salariées dans leur travail et les expositions auxquelles elles y sont soumises sont liées au fait qu’elles réduisent leur temps de travail ou arrêtent leur activité suite à une naissance ? L’étude conjointe des enquêtes Conditions de travail de 2013 et de 2016 (CT 2013 et CT-RPS 2016) permet d’éclairer cette question pour les salariées ayant eu un enfant entre les deux interrogations.

Les femmes qui réduisent leur temps de travail suite à une naissance disposent, en moyenne, avant la naissance, de davantage d’autonomie que les autres jeunes mères, ont moins de contraintes d’organisation du travail, un travail moins intensif et moins d’incertitudes sur leur emploi. Elles sont en revanche souvent confrontées à une charge mentale au travail élevée. Les jeunes mères qui quittent leur activité professionnelle – en congé parental total ou au foyer – ont, elles, moins d’autonomie et de soutien social dans leur travail, davantage de difficultés pour concilier leurs vies professionnelle et familiale et exercent plus souvent des métiers physiquement ou mentalement pénibles.

Globalement, les mères qui restent en emploi dans les mois qui suivent la naissance présentent des conditions de travail similaires, voire meilleures sur certains aspects, à celles des autres femmes. Toutefois, l’avantage relatif qu’elles pouvaient avoir avant la naissance ne se maintient que partiellement après. Ainsi, à caractéristiques identiques, les jeunes mères déclarent un niveau de charge mentale au travail moins élevé que les autres salariées et n’expriment pas davantage de contraintes d’organisation du travail ou de difficultés de conciliation entre vies professionnelle et familiale, ce qui pourrait résulter des aménagements dont elles bénéficient dans leur travail ou qu’elles réalisent dans leur vie personnelle. Les jeunes mères occupent aussi moins souvent des postes physiquement pénibles ou les exposant à des comportements hostiles, les mères les plus concernées avant la naissance s’étant retirées de ces emplois. En revanche, comme avant la naissance, les jeunes mères restent plus soumises que les autres salariées à une demande émotionnelle au travail élevée et à une incertitude sur l’évolution de leur poste. Sur la période entourant la naissance, les conditions de travail des mères évoluent plus défavorablement que celles des autres salariées. Cependant, lorsque le dernier enfant est en âge d’être scolarisé, ces différences tendent à s’atténuer et les difficultés de conciliation famille-travail à se réduire.

L’existence de régulations individuelles autour de la naissance, qui visent à limiter l’exposition à des conditions de travail difficiles, conduit à s’interroger sur le rôle respectif des salariées et de leur encadrement sur les changements qui s’opèrent dans le travail sur cette période.

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