N° 101 - Revue TRAVAIL ET EMPLOI janvier-mars 2005

POLITIQUES JEUNES EN EVALUATION

Le New Deal for young people : des évaluations contrastées

Lucie Davoine

Les évaluations britanniques du New Deal for Young people (NDYP), programme emblématique du Welfare to Work, en font un bilan nuancé. Après un rappel des objectifs et des composantes du programme, l’article passe en revue les concepts, théories et croyances qui ont soutenu l’action du gouvernement en matière d’emploi. Les études d’évaluation et les choix méthodologiques des chercheurs sont détaillés : matching, modélisation de type WS/PS, méthode de différence de différences, estimation par appariement, etc. Les conclusions sont contrastées : le NDYP réduit le chômage de long terme, mais la situation des bénéficiaires restent précaires à la sortie du programme. Il garantit rarement un emploi de qualité et renforce souvent les inégalités sur le marché du travail. Le programme semble impuissant face à la segmentation du marché du travail, son impact macroéconomique reste discutable.

New Deal for Young people : Contrasting assessments

This article reviews a wide range of micro and macro level evaluations of the New Deal for Young People (NDYP), the British Government’s flagship Welfare-to-Work programme. On one hand the NDYP has contributed to a sharp reduction in long-term unemployment, however a longitudinal perspective shows a revolving door effect : clients end up in unemployment again. Moreover, the NDYP reinforces mechanisms of selection in the labour market : the most disadvantaged beneficiaries join more frequently options in the non-profit sector, which are unpopular and less effective. But they are sanctioned if they do not want to participate in this unfair programme. Eventually, the success of the NDYP may be jeopardised by the segmentation of the labour market and the geography of unemployment. Increasing employability may be useless in regions where employment is lacking.

pdf Le New Deal for young people : des évaluations contrastées Téléchargement (220 ko)

Emploi-jeune à l’Education nationale

Jean-Paul Cadet

Le dispositif Emplois-jeunes à l’Education nationale a généré une condition d’emploi nouvelle donnant à voir des évolutions sociales à portée plus générale, en termes de rapports à l’activité et de pratiques d’emploi. Tout d’abord, elle a participé à l’élargissement du champ de l’insertion : les emplois-jeunes de l’Education nationale se sont caractérisés par des niveaux de formation au moins équivalents au bac, et ont dû prendre en charge des activités souvent exigeantes et répondant à des besoins émergents ou mal couverts au sein du système éducatif. Ensuite, la condition d’emploi-jeune dans cette Institution a révélé des évolutions propres à la société salariale moderne, concernant les modes de socialisation professionnelle des jeunes, sinon de l’ensemble des travailleurs. Les emplois-jeunes de l’Education nationale ont dû ainsi faire preuve d’un puissant engagement dans le cours du travail et préparer activement leur avenir professionnel.

Temporary jobs for young people in the french educative system

In the last few years, the French Government has created temporary jobs for young people in schools and high schools. Even if these jobs are destined to disappear, their features remain interesting to study because they have revealed important social evolutions concerning the world of labour. They have been taken up by young people having a qualification equivalent at least to A-level. Thanks to these jobs, the needs of the educative system have been satisfied. Moreover, they have widened the field of the transition of young people into professional life. They have also illustrated more general changes. Working in these jobs has been a strong incentive for young people to acquire work motivation and to plan further their professional life. Thus young people have adopted attitudes that are increasingly required in our wage society.

pdf Emploi-jeune à l’Education nationale Téléchargement (168.3 ko)

Les politiques publiques au cœur des trajectoires des jeunes

Jean-François Giret, Alberto Lopez

Depuis la seconde moitié des années 1970, une grande variété de dispositifs publics a été proposée aux jeunes sur le marché du travail. Leur importance quantitative combinée aux difficultés d’accès aux emplois en ont fait l’une des caractéristiques majeures de l’insertion en France dans les années 1980-90. Le suivi d’une cohorte de jeunes sortis de l’enseignement scolaire en 1994, réalisé à partir d’une enquête du Céreq, montre l’importance qu’ont eue les dispositifs publics dans leur parcours d’insertion : plus d’un jeune sur deux a accédé à un dispositif public dans ses six premières années de vie active. Face à l’importance et parfois à la succession des différentes mesures tout au long de leurs parcours, les jeunes ont pu exprimer une certain exaspération même si initialement, le manque de formation et d’expérience professionnelle était pour eux les principales explications de leur difficulté d’insertion. Cependant, si ces dispositifs ont été souvent très hétérogènes quant à leur logique, leur statut, leur durée, ils ont globalement permis aux jeunes d’éviter un chômage massif et récurrent durant leurs premières années de vie active.

Public employment policies for young workers without qualification in the nineties

Since the second half of the nineteen-seventies, a wide range of public measures has been offered to young people on the labour market. One of the main characteristics of employment access in France between the years 1980-1990 has been the increasing number of measures (more or less targeting young people) combined with the difficulties of obtaining employment. The observation (whose source was a CEREQ survey) of a group of young people leaving school in 1994, demonstrates the importance of public policy for job integration : More than one young person in two benefited from the public measures in their first six years of active life. These measures have been varied in their logic, in their status and in their duration. However, they have enabled young people, despite occasional exasperation, to avoid persistent unemployment on a large scale during their first years of active life.

pdf Les politiques publiques au cœur des trajectoires des jeunes Téléchargement (212.6 ko)

_ _

REDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL / LE TEMPS LIBERE

35 heures, un nouvel équilibre entre travail et hors travail ?

David Alis, Eric Campoy, Marc Dumas, Anne Joyeau

Cette recherche vise à mieux appréhender les impacts des accords d’ARTT sur l’évolution des attitudes et notamment de l’implication au travail et hors travail. Le terrain retenu est celui d’un grand groupe d’assurance situé dans l’Ouest de la France (plus de 1200 salariés) passé au 35 heures au printemps 1999. Deux approches étudient les interdépendances entre travail et hors travail : l’influence en termes de relations utilise les modèles théoriques du débordement, de la compensation et de la segmentation, l’influence en termes de rôles mobilise les modèles de rareté et d’enrichissement. L’implication au travail est en très légère baisse et l’implication hors travail stable, impliquant des activités déjà pratiquées, peu d’investissements nouveaux et un partage des tâches domestiques inchangé au sein du couple.

35 hours : A new balance between working time and non working time

The application of the reduction of working time (ARTT) constitutes a factor of development on a large scale for both individuals and organisations in French firms. This research attempts to improve our understanding of the ARTT agreements and to evaluate their impacts on the development of organisations, on attitudes and on behaviour at work ; particularly as regards the implications for working time and non-working time. The methodology is based on a study of a single case using both quantitative and qualitative methods (interviews and questionnaires) : The statistics approach enables us to measure and to analyse changes which appeared within individual behaviour undergoing the reduction of working time ; The method of those interviews complements and highlights these statistics results. The field studied is a large insurance company in West of France where more than 1,200 employees have been working 35 hours since Spring 1999.

pdf 35 heures, un nouvel équilibre entre travail et hors travail (...) Téléchargement (213.3 ko)

Participation associative et temps de travail

Lionel Prouteau, François-Charles Wolff

La participation associative des salariés est-elle sensible aux durées qu’ils consacrent à leur activité professionnelle ? L’examen de deux échantillons distincts, enquêtés en 1998-1999 fait apparaître que l’adhésion est plus importante chez les hommes que chez les femmes, et plus forte dans le secteur public que dans le secteur privé. Conduite à partir de la première source (INSEE), l’investigation montre que la probabilité de s’adonner aux activités associatives diminue avec l’allongement du temps de travail, lequel affecte également négativement, même si c’est de manière limitée, la fréquence de ces activités. En revanche, l’analyse des données de la DARES fait apparaître que la réduction du temps de travail n’a pas incité les salariés à participer à la vie associative quand ils ne le faisaient pas auparavant. Elle a néanmoins encouragé un nombre non négligeable de participants antérieurs à pratiquer davantage. Cet effet incitatif est nettement influencé par les modalités de la RTT.

35 hour working week and voluntary associations

Is the participation of employees related to the time spent at work ? in this paper, employees’ participation in voluntary association are examined using two different samples of 1998-1999 !. these show that membership is higher amongst men than amongst wemen and higher in the public sector than in the private sector. Using the primary source (INSEE), the study shows that the longer the working time, the less the time the employee is likely to spend in voluntary association and the less frequently (though to a limited extent) these activities are practised. However, analyses of the DARES data shows that the reduction of working time has not incited employees to participate in associative activities when they did not do so beforehand.

pdf Participation associative et temps de travail Téléchargement (184.9 ko)


INTERNATIONAL

Crise et mutations du modèle de développement algérien

Mohamed Madoui, Anne Gillet

Le processus de transition de l’économie algérienne d’un modèle de développement dirigiste à l’économie de marché connaît plusieurs niveaux de mutation : macroéconomique, avec les politiques économiques et les lois, microéconomique, avec les logiques entrepreunariales des créateurs d’entreprise. Les différente lois sur la restructuration des entreprises publiques, sur la libéralisation du commerce extérieur et la privatisation du secteur privé marquent le début du processus de réhabilitation des petites et moyennes entreprises qui occupent désormais une place centrale dans les orientations de la nouvelle politique économiques. Tous les espoirs de la création d’emploi et de la croissance économique reposent sur les entrepreneurs. Les principales caractéristiques des PME-PMI algériennes puis la diversité des logiques entrepreunariales à partir des trajectoires socioprofessionnelles, sociales et familiales et des ressources d’action des entrepreneurs algériens sont analysées.

Crisis and mutation of the Algerian development model

Transitional processes of the Algerian economy from a planned development model to a market economy undergoes a few mutation levels : macroeconomic, with policies and laws, microeconomic, with managerial processes of contractors. Trough public firms restructuring, foreign trade liberalisation and private sector increase, small and medium-sized companies are rehabilitated in a central place. Hopes of economic growth and creation of employment lay now on contractors. The analyses of the personal, family and social trajectories of managers enlightens five main types.

pdf Crise et mutations du modèle de développement algérien Téléchargement (205.7 ko)

DEBAT

Chômage structurel : de la théorie aux données

Yannick L’Horty

Le présent article, après avoir montré l’importance de la mobilisation du concept de chômage structurel, propose un panorama des travaux économiques récents sur le chômage structurel. Il passe en revue les principales interprétations théoriques, les évaluations économiques et statistiques sur données françaises et les enjeux pour les politiques macroéconomiques et structurelles. Il conclut sur une convergence des mesures du chômage structurel autour d’une baisse de l’ordre de 2 points sur les dix dernières années.

Structural Unemployment : Theories and Reality

The author points first the editorial success of this concept of structural unemployment, and then draws a survey of economic papers applied on structural unemployment. It develops the main theoretical explanations, presents statistical and economic evaluations on French datas and draws consequences for macroeconomic and structural policies. In his conclusion, he stresses a convergence in structural unemployment rate measures towards a decrease of about two points in the last decade.

pdf Chômage structurel : de la théorie aux données Téléchargement (206.3 ko)