Le poids du temps partiel dans les trajectoires professionnelles des femmes

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La montée de l’emploi à temps partiel chez les femmes est une transformation majeure du marché du travail français depuis le début des années 80. En 1985 une femme active occupée sur cinq déclarait travailler à temps partiel, contre une sur trois en 2005.

Les études se sont centrées sur les caractéristiques des emplois à temps partiel (durée hebdomadaire, horaires de travail, conditions de travail, etc.) et des femmes qui les occupent à une date donnée (âge, situation familiale, raisons d’être à temps partiel, etc.), en adoptant un point de vue statistique (Bourreau-Dubois et alii. [2001], Bué [2002], Galtier [1999a], Ulrich et Zilberman [2007a] ou sociologique (Angeloff [2000], Cattanéo [1996], Puech [2005] pour exemples).

Ces travaux soulignent unanimement que les femmes à temps partiel constituent une population hétérogène mais qu’il existe deux logiques principales : « le travail à temps réduit » qui correspond à un aménagement individuel et volontaire du temps de travail et l’« emploi partiel » qui résulte d’une embauche à temps partiel décidée par l’employeur (Maruani [2002]). Selon la première logique, les femmes font le choix de travailler à temps partiel, pour s’occuper de leur(s) enfant(s) le plus souvent ; selon la seconde, elles sont contraintes d’accepter de travailler moins qu’à temps complet et généralement moins qu’elles ne le souhaiteraient.

Les connaissances sur la place qu’occupe le temps partiel dans l’ensemble de la carrière professionnelle des femmes sont plus rares.

Les études s’appuyant sur des typologies montrent que les emplois à temps partiel sont occupés par des femmes de tous âges et à tous les stades de leur vie professionnelle et familiale (Bué [2002], Galtier [1999a], Ulrich et Zilberman [2007b]. En début de vie active, le temps partiel est parfois cumulé à des études ou constitue un emploi d’insertion, dans la vente par exemple, pour des jeunes femmes peu qualifiées ne trouvant pas d’emploi à temps complet. Aux âges médians, il résulte souvent du choix de réduire la durée du travail pour raisons familiales mais, il est également souvent contraint et court dans des professions peu qualifiées (femmes de ménages, employées de maison, etc.). Enfin, le temps partiel s’inscrit parfois dans une logique de retrait d’activité pour des femmes ayant des problèmes de santé ou dont le conjoint est déjà retraité.

Buddelmeyer et alii. [2005] ont mesuré le poids du temps partiel au cours de quelques années successives et les transitions vers et hors du temps partiel à partir du panel européen des ménages. 34% des européennes et 25% des françaises passent au moins un an à temps partiel sur six années consécutives. Seulement, 6% des européennes et 4% des françaises y restent pendant la totalité des six années. Globalement, en France comme dans le reste de l’Europe en dehors des Pays-Bas, le temps partiel est un état plus transitoire que les autres situations sur le marché du travail et notamment que le temps complet. Néanmoins, 72% des européennes, et la même proportion de françaises, restent à temps partiel d’une année sur l’autre. De plus, l’accès à l’emploi à temps partiel représente une voie de sortie du chômage d’importance significative pour les femmes. Mais il ne débouche que peu fréquemment sur un emploi à temps complet (plus souvent pour les hommes mais ceux-ci sont peu concernés par le temps partiel) ; la trajectoire « vertueuse » du chômage au temps complet via le temps partiel n’est ainsi que très peu empruntée.

Galtier [1999b] montre, à partir des enquêtes Emploi annuelles, que les trajectoires d’emploi sont différentes selon que le temps partiel est volontaire ou imposé à l’embauche. Dans le premier cas, le maintien à temps partiel deux ans plus tard est la situation dominante mais le retour à l’emploi à temps complet est par nature possible. Lorsque le temps partiel est contraint, l’accès au temps complet dépend de la durée hebdomadaire du travail. Plus elle est longue, plus les chances d’y parvenir sont fortes. Par contre, plus le temps de travail diffère d’un temps complet, et plus il en diffère durablement, plus les chances d’obtenir un emploi à temps complet sont faibles. Par ailleurs, plus l’âge augmente, moins les salariés à temps partiel contraint accèdent à un temps complet et plus ils se retirent du marché du travail ou se résignent à ne pas voir augmenter leur durée.

Grâce à son calendrier rétrospectif, l’enquête « Familles & Employeurs » de l’INED permet d’éclairer sur plus longue période l’interaction du temps partiel et des trajectoires professionnelles (encadré 1). Elle offre en effet la possibilité d’étudier les parcours professionnels de femmes ayant occupé au moins un emploi à temps partiel au cours de leur carrière et de déterminer ainsi s’il existe des trajectoires professionnelles types dans lesquelles s’intègre le temps partiel, et si à ces trajectoires types correspondent des profils définis : des caractéristiques individuelles communes aux personnes connaissant le même type de trajectoire.

Document d’études n° 127 - Le poids du temps partiel dans les trajectoires professionnelles des femmes

Encadré 1 : L’enquête « Familles & Employeurs »
Menée en 2004, l’enquête « Familles & Employeurs » est une enquête de l’INED et de l’INSEE. Elle porte sur les interrelations entre la vie familiale et la vie professionnelle. Elle a l’originalité d’être une enquête couplée auprès des ménages et des établissements : elle comprend d’une part un « volet familles », enquête en face à face sur un échantillon d’environ 9500 ménages, et d’autre part, un « volet employeurs », enquête postale auprès des établissements dans lesquels travaillent les personnes rencontrées dans le volet familles (environ 3800 établissements de 20 salariés et plus enquêtés).
Seul le « volet familles » est exploité ici. La population cible du « volet familles » regroupe les personnes âgées de 20 à 49 ans inclus, occupant le logement régulièrement (c’est-à-dire toute ou presque toute l’année, ou plutôt en semaine). Elles appartiennent à la population des ménages dits « ordinaires », c’est-à-dire non collectifs. Au maximum deux personnes appartenant au champ par ménage sont interrogées. 9547 individus, appartenant à 6003 ménages, ont répondu à l’enquête.