La tertiarisation de l’économie française et le ralentissement de la productivité entre 1978 et 2008

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En France, comme dans de nombreux pays industrialisés, les gains de productivité du travail ont connu un tassement régulier lors des trois dernières décennies : dans le secteur marchand, la productivité du travail – mesurée comme le rapport entre la valeur ajoutée produite et le nombre de personnes en emploi – a augmenté de 2,6 % en moyenne par an de 1979 à 1989, de 1,9 % de 1990 à 1999 et de 1,0 % par an de 2000 à 2008. Parallèlement, le processus de tertiarisation s’est poursuivi. Depuis 1978, 150 000 postes sont créés en moyenne chaque année dans les services marchands, alors que 60 000 sont détruits dans l’industrie.

La tertiarisation est souvent présentée comme un des facteurs à l’origine du ralentissement de la productivité. Pourtant, si la répartition sectorielle des emplois dans le secteur marchand était restée la même de 1978 à 2008, les gains annuels moyens de productivité apparente du travail auraient été de 2,0 % sur la période, alors qu’ils ont été en réalité de 1,9 %, soit un niveau seulement très légèrement inférieur.

Cette apparente neutralité des transformations de la structure d’emplois cache en réalité deux types d’interaction entre tertiarisation et évolution de la productivité, dont les effets se compensent quasiment sur la période étudiée. En effet, dès lors que la productivité diffère selon les branches, une nouvelle répartition des emplois entre activités va avoir deux types de conséquences sur la tendance globale de productivité :

à long terme, une nouvelle ventilation des emplois d’une branche dynamique en termes de productivité vers une autre peu dynamique va entraîner un ralentissement de la tendance de gains de productivité. C’est le cas sur la période 1978-2008, où la progression de la productivité est ralentie par le poids croissant de branches peu dynamiques, comme les services orientés vers les particuliers ou certaines branches des services orientés vers les entreprises, et le déclin de branches particulièrement dynamiques, comme l’agriculture ou certaines branches de l’industrie manufacturière.

à court terme cependant, une redistribution des emplois d’une activité peu productive – en niveau et aux prix courants – vers une activité plus productive va entraîner une hausse de la productivité mesurée pour l’ensemble de l’économie. C’est ce qui se produit de 1978 jusqu’au milieu des années 1990, par le biais de transferts d’emplois de secteurs peu productifs en niveau (agriculture et textile notamment), vers des secteurs davantage productifs (services aux entreprises). La disparition de ce second mécanisme à partir du milieu des années 1990 contribue à expliquer le ralentissement de la productivité observé entre les décennies 1980 et 1990, mais pas celui plus récent du tournant des années 2000.

Ainsi, le processus de tertiarisation n’est pas le canal principal du ralentissement tendanciel de productivité observé lors des trente dernières années. Ce dernier se manifeste davantage au sein des grandes branches (agriculture, services marchands, construction, et, dans une moindre mesure, industrie) et de leurs sous-branches, et ce tout particulièrement entre les années 1990 et 2000. Les gains annuels moyens de productivité perdent en effet 3,7 points dans l’agriculture entre les décennies 1990 et 2000, 0,8 point dans l’industrie, 0,3 point dans les services marchands et 2,0 points dans la construction. Nous n’explorons pas ici les raisons qui peuvent expliquer ce ralentissement de la productivité à l’intérieur des branches, dont une partie relève certainement de la baisse de la durée du travail et de la baisse du coût relatif du travail peu qualifié induite par différentes mesures de politique de l’emploi visant précisément à « enrichir la croissance en emploi », donc à ralentir la productivité.

Document d’études n° 161 - La tertiarisation de l’économie française et le ralentissement de la productivité entre 1978 et 2008