Flexibilité et action collective : salariés précaires et représentation syndicale

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À partir de cinq enquêtes dans des secteurs d’activité différents, les auteurs analysent les difficultés d’intégration des salariés les plus flexibles aux pratiques de l’action collective et interrogent, par là même, les éléments d’un éventuel renouvellement des formes de cette action.

Dans l’automobile (Lyon) ou dans les chantiers navals (Saint-Nazaire), les équipes syndicales constatent un lien distendu avec les intérimaires et, plus généralement, avec les salariés des entreprises sous traitantes, qui ne sont pas spontanément tournés vers des formes instituées d’action collective. Elles se heurtent également au scepticisme des salariés permanents peu convaincus de la nécessité d’insérer les précaires dans leur zone d’influence.

Dans les deux cas, on observe des équipes qui s’engagent dans des démarches « expérimentales » qui ont, pour fonction, de susciter un débat au sein des structures syndicales sur les besoins d’intégrer ce nouveau secteur du salariat.

Dans la métallurgie et le nettoyage, des espaces a priori très différents, les organisations syndicales mettent en avant le rôle de la convention collective (CC) dans la protection des salariés les plus exposés à la précarité. La pratique montre cependant que l’existence de ces protections est à la fois indispensable mais insuffisante pour assurer un minimum de garanties. Dans les deux cas, les conventions collectives, étant donné leur usage différent, pourraient en effet être interprétées comme le symbole de la division au sein du salariat : les accords particuliers d’entreprise, plus favorables, étant destinés aux salariés syndiqués et les moins menacés, les accords de branche, moins favorables, concerneraient en revanche les salariés non syndiqués les plus précarisés.

Enfin, la situation française ne diffère pas fondamentalement de celle d’autres pays, comme la Belgique où le taux de syndicalisation est plus élevé. Les négociations collectives de branches peuvent parfois masquer les déficiences de l’intégration des salariés précarisés dans les canons de l’action collective. Que signifie la notion de branche pour un intérimaire qui passe d’un secteur à l’autre ? Au final il apparaît que les actions collectives autonomes des précaires restent éphémères et que les expériences se transmettent difficilement.

Document d’études n° 144 - Flexibilité et action collective : salariés précaires et représentation syndicale